L’amélioration génétique des arbres : un élagage

L’industrie forestière canadienne est l’une des plus vastes et florissantes au monde. Elle contribue aussi largement à l’emploi, à la croissance économique et à la prospérité du pays puisqu’elle représente des rentrées annuelles de 57 milliards de dollars et bien au-delà de 10 % de notre produit intérieur brut, en plus de procurer du travail à quelque 230 000 Canadiens. Parallèlement, la foresterie est l’une des grandes sources d’emploi pour les Autochtones et figure au cœur de l’économie de plus de 200 communautés d’un bout à l’autre du CanadaNote de bas de page 1 Note de bas de page 2.

Le secteur forestier canadien se retrouve également parmi les plus durables de la planète. En effet, en plus de recourir à des techniques de gestion forestière de pointe, les sociétés membres de l’Association des produits forestiers du Canada plantent, selon les estimations, quelque 650 millions d’arbres par an. Les programmes d’amélioration génétique des arbres poursuivis durant plusieurs décennies aident les entreprises à choisir les meilleurs semis à planter, en l’occurrence des arbres qui sont les plus susceptibles d’avoir une croissance robuste, de résister à la maladie, de bien s’adapter au climat et de donner un bois aux qualités recherchées.

Aux laboratoires de Québec du Centre canadien sur la fibre de bois, qui fait partie du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada, Jean Beaulieu pilote des recherches qui pourraient révolutionner l’amélioration génétique des arbres.

Un lent processus

Comme l’admet Greg Adams, gestionnaire de la recherche-développement au Service des pépinières et de l’amélioration des arbres de J.D. Irving Limited —importante entreprise régionale de produits forestiers dans les Maritimes et le Maine —, l’amélioration génétique des arbres est un travail qui réclame beaucoup de patience. « Il faut sélectionner les arbres qui, selon toute vraisemblance, engendreront une bonne descendance, puis tenter de trouver comment les multiplier, et enfin les reproduire et les tester, explique-t-il. Améliorer des arbres exige beaucoup de temps, et il en faut autant pour que leur descendance se développe suffisamment afin qu’on sache si elle possède ou non les caractéristiques souhaitées et sera en mesure de les transmettre à une autre génération. »

« Cela peut prendre vingt ans ou plus, précise M. Beaulieu. Or, avec la génomique, nous pourrions arriver au même résultat en l’espace d’un an ou deux, voire même en quelques mois. »

Plus vite grâce à la génomique

Grâce au soutien de l’Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada, M. Beaulieu et ses collègues étudient le génome des arbres arrivés à maturité en vue d’identifier les « marqueurs » génétiques associés aux caractères les plus utiles.

« Nous étudions la composition génétique de milliers d’arbres pour voir en quoi elle varie, explique M. Beaulieu. En comparant certaines séquences de gènes de chaque arbre, il est possible de déterminer à quel endroit les arbres qui présentent les caractéristiques voulues diffèrent des arbres moins intéressants. »

Avec une telle information, M. Beaulieu pense que les futurs programmes d’amélioration génétique des arbres pourraient gagner en précision. « Au lieu de croiser les arbres en fonction de ce que l’on voit, sans avoir la garantie que les caractères observés seront transférés à la génération suivante, les phytogénéticiens pourront sélectionner les arbres d’après leur composition génétique. La probabilité que la nouvelle génération possède les caractéristiques recherchées sera donc plus grande. »

Dans le même ordre d’idées, M. Beaulieu est d’avis que la génomique peut raccourcir les programmes d’amélioration en arboriculture. « Au lieu d’attendre que la progéniture parvienne à maturité après le croisement des parents, par exemple, on pourrait établir si elle a bien hérité les caractères désirables dès le stade du semis, voire celui de la graine. »

Des possibilités passionnantes

Le travail dirigé par M. Beaulieu attire beaucoup d’attention, et les résultats qu’il a obtenus jusqu’à présent avec son équipe favorisent déjà les recherches sur l’amélioration génétique des arbres poursuivies par les gouvernements provinciaux du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador. Outre les fonds de l’IRDG, le projet a bénéficié d’une aide financière de Ressources naturelles Canada, dans le cadre de la Stratégie de compétitivité à long terme de l’industrie forestière, ainsi que de l’Université Laval, de Génome Québec, de Génome Canada et d’autres organismes. Cette recherche passionnante s’effectue aussi avec des collègues d’universités canadiennes qui comptent parmi les experts en génomique forestière les plus reconnus au monde.

Chez J.D. Irving, M. Adams affirme que la génomique ouvre sans aucun doute des possibilités passionnantes pour l’industrie forestière. « Si la méthode de M. Beaulieu fait ses preuves et se vérifie d’une population à l’autre, je saurais exactement quoi en faire, dit-il. Certes, nous n’en sommes pas encore à une application commerciale, mais les travaux de ce chercheur correspondent selon moi à l’un des développements les plus positifs réalisés dans ce domaine. »

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