Santé Canada pave la voie à des applications thérapeutiques des cellules souches plus sûres

La découverte du rôle des cellules souches est assurément l'une des grandes avancées de la science de notre époque. Dans les instants qui suivent la fertilisation de l'ovule, les cellules souches sont omnipotentes, c'est-à-dire qu'elles peuvent se développer toutes les catégories de cellules, de tissus et d'organes qui composent notre organisme. Au fil du développement du fœtus dans l'utérus, elles se spécialisent et prennent en charge la réparation et la reconstitution des tissus. Certaines cellules reconstituent les tissus de la peau et de muscles, tandis que d'autres réparent les tissus du cœur, du foie et même du cerveau, et continuent de le faire tout au long de notre vie.

Ces propriétés uniques expliquent les recherches intensives menées pour utiliser les cellules souches à des fins médicales. En fait, les greffes de moelle osseuse, utilisées depuis plusieurs décennies pour le traitement de la leucémie et d'autres formes de cancer, sont en réalité des greffes de cellules souches. La moelle osseuse contient les cellules souches qui ont pour fonction de produire les différentes catégories de cellules sanguines.

Les chercheurs pensent que le potentiel des cellules souches pourrait être mieux exploité et qu'elles pourraient servir au traitement de pratiquement tous les maux, des maladies coronariennes et vasculaires aux nombreux troubles immunitaires qui touchent annuellement des millions de personnes.

Miser sur le potentiel des cellules souches

Il existe de nombreuses catégories de cellules souches spécialisées dans le corps humain, mais une d'entre elles s'avère particulièrement prometteuse pour le traitement de multiples maladies : les cellules souches mésenchymateuses ou CSM.

Ces cellules se trouvent surtout dans la moelle osseuse où elles semblent régénérer le sang, mais comme Michael Rosu-Myles de la Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques de Santé Canada à Ottawa l'explique, elles font beaucoup plus que cela. « Ces cellules souches particulières effectuent une multitude de réparations dans notre corps », indique-t-il. « Elles décident d'elles mêmes de générer de la matière grasse, du cartilage ou des tissus osseux, et elles appuient d'autres cellules souches plus spécialisées qui servent à réparer d'autres genres de tissus en produisant des cellules de muscle cardiaque, d'îlots pancréatiques, de vaisseaux sanguins, des cellules dermiques et même des cellules nerveuses. Elles peuvent altérer le fonctionnement du système immunitaire pour empêcher des réactions immunitaires indésirables, comme celles à la source du diabète, ou le rejet d'un organe après sa transplantation. »

Bonnes et mauvaises nouvelles

Cette polyvalence des CSM explique l'énorme intérêt qu'elles suscitent auprès des chercheurs. Un traitement à base de CSM est déjà approuvé pour soigner les enfants qui rejettent une greffe de moelle osseuse et d'autres traitements conçus pour traiter un éventail de maladies, allant du diabète à la sepsie, font actuellement l'objet d'essais sur des sujets humains.

L'utilisation des CSM comporte cependant un inconvénient majeur. Comme toutes les cellules souches, les CSM ont en elles le potentiel de muter et de devenir tumorigènes. « Les CSM peuvent muter et provoquer la formation d'un sarcome, une forme plutôt rare de cancer », ajoute M. Rosu-Myles. « Leur faculté d'aider d'autres catégories de cellules souches à effectuer des réparations peut devenir un problème lorsque les cellules souches qu'elles s'efforcent d'aider deviennent cancéreuses. Les CSM deviennent alors un puissant vecteur de propagation du cancer. Il va de soi qu'il faut éviter que les traitements aux CSM administrés à une personne augmentent le risque qu'elle développe un cancer. »

Atténuation du risque

Michael Rosu-Myles et son équipe de chercheurs de Santé Canada, avec l'aide de collaborateurs d'autres laboratoires canadiens et espagnols, ont donc développé un moyen de distinguer les CSM tumorigènes, c'est-à-dire potentiellement cancéreuses, des CSM saines.

« En modifiant légèrement l'ADN des CSM, comme le ferait un cancer, nous avons pu comprendre les étapes franchies par la cellule dans le mécanisme de cancérisation », poursuit M. Rosu-Myles. « Nous avons ensuite observé chacune de ces étapes dans la cellule afin de voir s'il existe un moyen génétique de détecter et de suivre ce processus. »

Armés de cette information, M. Rosu-Myles et son équipe ont répertorié une liste des changements protéiniques et génétiques qui indiquent qu'une CSM donnée possède un potentiel cancérigène important, une découverte qui pourrait grandement contribuer à assurer l'innocuité des futurs traitements à base de CSM. « La prochaine étape consistera à utiliser les technologies génétiques à notre disposition pour déterminer quels sont les marqueurs les plus efficaces et à développer une plateforme d'essai rapide et fiable pour trier les CSM sur le point d'être utilisées dans un traitement », poursuit-il. « Les cliniciens pourraient ainsi éliminer les cellules souches potentiellement dangereuses avant de les administrer à leurs patients, rendre les thérapies à base de CSM beaucoup plus sûres. »

L'aide de l'IRDG, un facteur clé

Les recherches qui ont permis d'identifier les marqueurs tumorigènes dans les cellules souches mésenchymateuses sont issues d'un effort de collaboration énorme financé pendant plusieurs années par l'Initiative de recherche-développement en génomique du gouvernement du Canada (IRDG). « Sans le réseau de chercheurs que nous avons été en mesure de réunir au Canada et à l'étranger, nous n'aurions jamais obtenu ces résultats », affirme M. Rosu-Myles. « Et sans le financement de l'IRDG, cette grande équipe n'aurait jamais été réunie. C'est aussi simple que cela. »