La participation du Canada à une initiative internationale visant à protéger le blé dans le monde

Les producteurs de blé du Canada, des États-Unis et d’ailleurs dans le monde sont aux prises avec ce qui s’avère une menace grandissante pour cette indispensable culture vivrière : Fusarium graminearum, le champignon responsable d’une maladie appelée « brûlure de l’épi causée par le fusarium », BEF en abrégé.

Le champignon s’attaque aux graines de la plante — la partie que l’on consomme —, y laissant diverses mycotoxines (nom donné aux toxines des champignons). Bien que Fusarium ne détruise pas la plante, ses toxines rendent parfois gravement malades les gens ou les animaux qui mangent les aliments préparés avec le blé contaminé. C’est pourquoi plusieurs nations, dont le Canada, ont adopté des règlements qui interdisent la présence de ces mycotoxines, hormis à l’état de traces, dans le blé destiné à la consommation humaine ou animale.

Le Canada, un contributeur majeur

Trouver un moyen pour lutter efficacement contre ce champignon est devenu une priorité pour les chercheurs du monde entier. Parmi les travaux les plus prometteurs figurent ceux entrepris dans une science relativement jeune : la génomique. Ces travaux aident à mieux comprendre comment le parasite infecte la plante et synthétise ses dangereuses toxines.

Grâce aux fonds de l’Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada, les chercheurs du pays jouent un rôle essentiel dans les efforts internationaux déployés pour venir à bout de la BEF.

Les recherches de Linda Harris et de son équipe à Agriculture et Agroalimentaire Canada, par exemple, ont permis d’identifier et de situer bon nombre de nouveaux gènes dans le génome du champignon à l’origine de la BEF. C’est en partie grâce à leurs travaux que les chercheurs des autres pays ont désormais accès aux séquences les plus complètes et les plus précises du génome de Fusarium, condition essentielle à une meilleure compréhension des mécanismes associés à cette maladie du blé.

Dans le noir

« Quand nous avons commencé nos travaux avec les fonds de l’IRDG, en 1999, le génome de Fusarium graminearum n’était à toute fin pratique qu’un trou noir — on ne connaissait le fonctionnement que de quelques gènes, explique Mme Harris. Nous sommes parvenus à créer une banque de gènes et à découvrir comment ceux-ci fonctionnent dans diverses conditions. Ensuite, nous avons pu contribuer à l’annotation de leur séquence, rectifiant plusieurs erreurs qui s’étaient glissées dans la disposition des gènes établie automatiquement dans le passé. »

Mme Harris et ses collègues ont aussi identifié les gènes spécifiques avec lesquels le champignon fabrique diverses toxines, ainsi que précisé quand et dans quelles circonstances ces toxines sont synthétisées.

Aux laboratoires du ministère de l’Agriculture des États-Unis à Peoria, en Illinois, la scientifique Susan McCormick et son équipe font bon usage des découvertes de Mme Harris, qu’elle qualifie de « merveilleuse ressource ».

« Nous n’avons pas les mêmes capacités en génomique ici, confie-t-elle. Le fait de pouvoir consulter la banque de gènes constituée par Mme Harris nous a donc aidés à trouver d’autres gènes qui interviennent dans la production des mycotoxines. En sachant comment le champignon engendre la maladie et fabrique ses toxines, nous réussirons peut-être à trouver un moyen pour le stopper. »

Encore plus à apprendre

À Ottawa, Mme Harris est d’accord avec le but ultime de l’exercice, tout en convenant qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. « Identifier les gènes qui codent les mycotoxines n’est qu’un élément du casse-tête, dit-elle. Il faut aussi trouver les gènes qui commandent à ceux produisant les mycotoxines de s’activer et déterminer ce qui les amène à enclencher pareille réaction. »

Selon Mme Harris, son travail et la collaboration internationale qui l’aide à étayer ses travaux seraient irréalisables sans l’IRDG. « Grâce à l’IRDG, nous avons pu nous intégrer à la communauté mondiale de la génomique, affirme-t-elle. Il importe de comprendre que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des spectateurs. Si nous n’effectuons pas notre part du travail, les autres pays hésiteront à nous faire part de leurs découvertes. »

Des répercussions à long terme

On ne peut surestimer l’importance de telles recherches pour le Canada et le monde. En effet, seul le riz surpasse le blé en importance comme culture vivrière. Le blé est également indissociable de l’agriculture canadienne : ses exportations engendrent des revenus annuels de près de 5,4 milliards de dollarsNote de bas de page 1, ce qui en fait le produit d’exportation agricole le plus important au pays. Or le degré d’infection par la BEF ne cesse de progresser au Canada et ailleurs dans le monde. En plus de son incidence sur l’approvisionnement alimentaire, la maladie s’est traduite par des pertes de revenus de plus de 1,5 milliard de dollars pour les producteurs de blé canadiens depuis le milieu des années 1990sNote de bas de page 2.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Commission canadienne du blé

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Note de bas de page 2

Rapport annuel sur le rendement de l’IRDG de 2007-2008

Retour à la référence de la note de bas de page 2

Date de modification :