L'immunotoxicogénomique : un nom plein de syllabes et de potentiel

Il n'existe actuellement aucun traitement pour guérir les allergies, un mal chronique. Chez certaines personnes, les allergies ne sont qu'un léger désagrément de la vie qui s'exprime par des écoulements nasaux et une irritation des yeux à certaines périodes de l'année. Pour d'autres, l'allergie est une épée de Damoclès constamment au-dessus de leur tête.

Les allergies ont aussi des répercussions sur l'économie. Chaque année, elles entraînent des coûts de centaines de millions de dollars en soins de santé et en perte de productivité.

On estime que jusqu'à 6 % de tous les enfants et 4 % des adultes sont allergiques à un produit ou à un autre, et que l'incidence des allergies est en croissance. Les processus biologiques qui entraînent le développement d'une allergie chez l'être humain sont relativement bien compris. Les allergies sont l'expression de la réaction de notre système immunitaire à la présence d'un intrus qu'il considère à tort comme une menace.

La mémoire sans faille de notre système immunitaire

Une chose nous échappe encore cependant. Pour quelle raison en effet le système immunitaire d'une personne décide-t-il soudainement que les œufs, par exemple, constituent une menace alors que cette personne en a consommé toute sa vie? L'allergie devient ensuite chronique parce que le système immunitaire a une très longue mémoire. S'il considère que les œufs sont une menace, il réagira presque assurément chaque fois que la personne ingérera la moindre parcelle de cet aliment.

Ce problème pourrait-il être induit par des substances chimiques?

Grâce à l'aide financière de l'Initiative de R-D en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada, David Lefebvre et Geneviève Bondy et leurs collègues de Santé Canada étudient actuellement s'il est possible que l'exposition à certains produits chimiques provoque ce genre d'erreur de notre système immunitaire.

« Les allergies sont une réaction de notre organisme à une protéine présente dans un aliment que nous avons ingéré ou dans un produit avec lequel nous sommes venus en contact », explique Geneviève Bondy, responsable de la section de toxicologie moléculaire et appliquée à Santé Canada. « Nous essayons de découvrir si certains produits chimiques peuvent causer une réaction allergique à certaines protéines présentes dans des aliments comme les œufs ou les arachides, ou encore s'ils peuvent inciter notre système immunitaire à réagir plus vigoureusement à une allergie déjà existante. »

Un problème moléculaire?

David Lefebvre nous apprend que la recherche en cours porte sur la manière dont les cellules du système immunitaire humain réagissent à l'exposition à différents produits chimiques.

« Nous observons l'effet qu'ont certains produits chimiques sur l'expression génétique des cellules immunitaires en nous efforçant d'identifier ce que nous appelons des “marqueurs biologiques”. Fondamentalement, nous cherchons à comprendre ce qui se produit exactement dans une cellule du système immunitaire lorsque celui-ci entre en contact avec un produit chimique donné. »

Mise à l'épreuve du test

« Cette recherche en est encore à l'étape des balbutiements », indique Mme Bondy. « Nous travaillons avec des produits chimiques reconnus pour modifier les réactions immunitaires, dans l'espoir de trouver un lien entre les changements cellulaires que nous constatons et les changements provoqués par les réactions immunitaires aux produits allergènes et qui ont déjà été observés par le passé dans des essais effectués sur des animaux », poursuit-elle. « Somme toute, nous espérons arriver à établir un lien clair entre les changements que nous constatons dans les cellules immunitaires et les manifestations physiques observées sur les animaux exposés à ces mêmes produits chimiques. »

« Si nous y arrivons, indique M. Lefebvre, nous pourrions alors introduire des additifs dans l'aliment problématique, par exemple, pour l'empêcher de stimuler les sensibilités allergiques des cellules immunitaires d'où la possibilité, en théorie, de réduire l'incidence de nouvelles allergies. »

Réduction des tests sur des animaux

Les recherches en immunotoxicogénomique de Geneviève Bondy et de ses collègues pourraient en corollaire réduire considérablement le besoin de tester l'innocuité des produits chimiques sur des animaux.

« Il existe de nombreuses raisons de réduire les tests menés sur des animaux. Leur coût élevé en est une », mentionne Mme Bondy. « Ce facteur prioritaire pour Santé Canada contribue grandement à la valeur ajoutée qu'apporte la toxicogénomique, non seulement dans le cadre de nos travaux sur les allergies, mais aussi pour tous les essais de toxicité des produits chimiques. Si nous parvenons à réduire le nombre d'animaux soumis à des tests et que nous approfondissons nos connaissances sur les allergies alimentaires, nous pourrons affirmer que nos travaux sont valables. »

L'exposition à certains produits chimiques pourrait-elle inciter notre système immunitaire à décider soudainement que nous sommes allergiques à un aliment que nous aimons pourtant depuis des années?