Intégration d'un test de dépistage canadien pour le nématode du pin à un nouveau protocole international

L'industrie forestière est une des forces qui rythment depuis toujours l'économie canadienne. Aujourd'hui, les exportations de ce secteur rapportent au-delà de trente milliards de dollars par annéeNote de bas de page 1, des grumes au papier, en passant par le bois de charpente et le contreplaqué. Le Canada exporte annuellement environ huit milliards de dollars de bois tendre — pin, épinette et autres conifères — vers d'autres pays dans le monde.

Même si ces exportations jouent un rôle capital dans la prospérité nationale, rien ne garantit qu'elles trouveront preneur sur le marché international. En effet, toutes les nations ou presque, Canada compris, réglementent leurs importations de bois pour s'assurer que l'on n'introduira pas par inadvertance une espèce envahissante aux conséquences éventuellement dévastatrices. Et lorsque l'on découvre un organisme de quarantaine dans le bois, le lot peut être renvoyé, et les expéditions futures compromises.

La chose s'est produite en 1993. L'Union européenne a prohibé la plupart des exportations canadiennes de bois d'œuvre après la découverte du nématode du pin dans un lot. C'est que ce ver microscopique (il mesure moins d'un millimètre) rend les pins malades, au point de les tuer par asphyxie en l'espace de quelques semaines. Durant les années qui ont suivi l'interdiction, les exportations canadiennes de bois tendre vers l'Europe de l'Ouest, dont la valeur pouvait atteindre 700 millions de dollars par année à l'époqueNote de bas de page 2, ont chuté de jusqu'à 80 pour cent.

Non recherché — mort ou vif

Face aux sanctions commerciales de l'Union européenne, les sociétés forestières canadiennes ont commencé à recourir à un traitement thermique et à d'autres mesures phytosanitaires pour débarrasser leurs produits du nématode. Bien que la réglementation ne vise que les organismes vivants, certains pays refusent parfois le bois d'œuvre s'il présente la moindre trace du parasite. Des vers morts, par exemple.

Par ailleurs, une erreur est toujours possible. Selon Isabel Leal, scientifique au Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada, il existe une autre espèce de nématode qui est apparentée et quasi identique à celui du pin, mais inoffensive pour l'arbre. « Dénicher quelqu'un possédant les connaissances voulues en morphologie pour établir de quel nématode il s'agit peut s'avérer difficile et demander du temps. Or, une identification erronée aura de lourdes conséquences sur l'économie. »

ADN ou ARN?

Analyser l'ADN d'un organisme en autorise une identification très précise. Cependant, dans le cas du nématode du pin, cela ne suffit pas. « Il est possible d'extraire l'ADN d'un organisme mort depuis longtemps », explique Mme Leal. « Cependant, nous voulions un test qui dirait s'il y a des nématodes du pin vivants dans le bois. »

Pour cela, en plus de l'ADN du nématode, il fallait chercher un deuxième produit moléculaire distinctif : l'acide ribonucléique (ou ARN). « L'ARN est un bon indice de la vie, car cette molécule n'est que passagère. Quoique présent dans les cellules vivantes, l'ARN se dégrade très rapidement dès que l'organisme meurt, poursuit-elle. Par conséquent, si l'on trouve de l'ADN indiquant qu'il y a des nématodes du pin, l'absence d'ARN signalera que les vers ont été détruits, qu'ils ne posent plus de menace. »

Le financement de l'IRDG, clé du succès

La maladie du pin, causée par le nématode du même nom, tue un arbre adulte en peu de temps. (Photo : SCF- RNCan)

Grâce au soutien financier de l'Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG) du gouvernement fédéral et de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), Mme Leal a obtenu les ressources suffisantes pour réunir une équipe de chercheurs et les outils nécessaires à l'élaboration d'un test moléculaire avec lequel on identifierait à la fois l'ADN et l'ARN du nématode.

« Trouver la bonne combinaison de composés chimiques et la meilleure méthode pour identifier l'ARN, surtout celui du nématode du pin et pas un autre, a nécessité passablement de travail et d'expérimentation, mais au bout du compte nous y sommes parvenus », reprend Mme Leal. Outre sa précision, le test s'avère moins laborieux que la technique antérieurement employée pour détecter les nématodes vivants dans le bois. En conséquence, il coûte moins cher et ne demande que quelques heures, au lieu de plusieurs jours, comme c'était le cas auparavant.

Protéger les exportations, vérifier l'efficacité des traitements du bois

L'épreuve mise au point par Mme Leal et ses collaborateurs de l'ACIA et de Forest Product Innovations procure aux exportateurs canadiens une méthode rapide et économique pour veiller à ce que les mesures phytosanitaires adoptées éliminent bien le nématode du pin dans les dérivés du bois. Parallèlement, elle contribue à la protection des marchés d'exportation du Canada en garantissant aux pays étrangers qu'ils peuvent importer le bois sans crainte qu'il soit contaminé par le nématode du pin et que celui-ci en vienne à infester leurs forêts.

La Convention internationale pour la protection des végétaux, organisme des Nations Unies dont le rôle consiste à mettre les ressources végétales de la planète à l'abri des parasites, a adopté un nouveau protocole normalisé pour diagnostiquer la présence du nématode du pin dans le bois. Et ce protocole inclut le test sur l'ARN conçu par Mme Leal et ses collègues.

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