Culture du pois jaune : erreur sur le parasite

Quiconque connait peu l'industrie agricole sera sans doute étonné d'apprendre que le Canada est le plus grand producteur et exportateur de pois au monde. Le Canada est à l'origine de près du tiers de la production mondiale de pois, et ses exportations représentent plus de la moitié des exportations mondiales de poisNote de bas de page 1. Les exportations de pois jaunes à destination de l'Inde seulement atteignent en moyenne près de 400 millions de dollars par annéeNote de bas de page 2.

Images, vues au microscope, du ravageur justiciable de quarantaine D. dispaci (à gauche) et du nématode D. weischeri (à droite). Ces nématodes ont un diamètre comparable à celui d’un cheveu humain.
(Photo credit: AAFC)

Pendant plus de dix ans, les exportations canadiennes de pois jaunes vers l'Inde ont été menacées par un ver rond microscopique – un nématode – qui s'attaque à une grande diversité de cultures vivrières. Ce parasite est l'anguillule des tiges ou Ditylenchus dipsaci (D. dipsaci). Comme il est très nuisible à un grand nombre de cultures, D. dipsaci figure sur la liste des « ravageurs justiciables de quarantaine » dans plusieurs pays, qui ont comme politique de bloquer l'importation de denrées agricoles ou de végétaux infestés par ce nématode.

Insecte ravageur coûteux trouvé dans des exportations canadiennes

Depuis 2004, année de la découverte de D. dipsaci dans des cultures de pois jaunes canadiennes, l'Inde exige que chaque cargaison de cette légumineuse en provenance du Canada soit inspectée et soit certifiée exempte d'infestation. Si le parasite est découvert dans les marchandises, le navire doit être détourné vers un tiers pays et nettoyé par fumigation avant de pouvoir livrer sa cargaison en Inde. Les coûts pour les armateurs peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars par cargaisonNote de bas de page 3.

Heureusement, plusieurs percées scientifiques réalisées au cours des dernières années ont facilité la vie des exportateurs canadiens de pois jaunes vers l'Inde, en commençant par l'identification d'une espèce de nématodes ressemblant fortement à D. dispaci par un scientifique russe en 2010. Ce ver, trouvé sur une herbacée commune, le chardon des champs, a été baptisé D. weischeri.

Intrigué par cette découverte, un professeur de l'Université du Manitoba a testé des échantillons de nématodes trouvés dans des cultures de pois jaune et a ainsi constaté qu'il s'agissait de l'espèce décrite par le chercheur russe. Il a transmis des échantillons au chercheur Qing Yu, un expert en nématodes d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Après avoir procédé à des analyses morphologiques et des tests génétiques, M. Yu a confirmé que les nématodes appartenaient effectivement à l'espèce D. weischeri.

La génomique apporte les preuves concluantes

Selon M. Yu, un grand nombre de nématodes se ressemblent et on les confond souvent. « Dans ce cas particulier, même au microscope, il est très difficile de distinguer les deux espèces, explique le chercheur. Toutefois, si on compare l'ADN des deux espèces au moyen d'analyses moléculaires, la différence saute aux yeux. »

Outre les différences dans leur génome révélées par les tests moléculaires, il existe une différence fondamentale entre D. dispaci et D. weischeri : D. weischeri ne figure pas sur la liste des espèces justiciables de quarantaine et n'est pas un ravageur connu du pois.

Après la découverte de la nouvelle espèce, des tests génétiques ont été effectués sur des échantillons de pois jaunes canadiens datant de l'époque de la première découverte de D. dispaci en 2004. Dans chaque cas, le nématode que l'on croyait être D. dispaci était en fait D. weischeri.

M. Yu est d'avis que l'Initiative de R-D en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada a joué un rôle crucial dans ce dossier. « Sans les connaissances et les ressources développées dans le cadre de projets antérieurs financés par l'IRDG, précise-t-il, nous n'aurions sans doute pas été capables d'établir une preuve aussi irréfutable. »

Meilleur accès au marché clé

Le directeur exécutif de la Direction des sciences de la santé des végétaux de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), Cameron Duff, souligne qu'à l'heure actuelle, les tests génétiques sont utilisés pour prouver que les exportations canadiennes de pois jaunes sont exemptes de D. dispaci. « On a détecté la présence de D. weischeri dans certaines cargaisons. Dans le passé, on aurait tout de suite présumé qu'il s'agissait de D. dispaci et il aurait alors fallu procéder aux coûteuses mesures de décontamination par fumigation avant de pouvoir livrer les marchandises en Inde », précise M. Duff.

À ce jour, on n'a trouvé aucun cas de D. dispaci dans des échantillons de pois jaunes canadiens.

« Cela appuie la thèse que le pois jaune n'est pas sujet aux infestations par ce nématode justiciable de quarantaine, ajoute M. Duff. Devant cette preuve scientifique, nous avons espoir que les autorités indiennes modifieront sous peu les exigences visant nos exportations de pois jaunes. »

La science au service de l'industrie

Gord Kurbis, directeur de la commercialisation et de la politique commerciale à Pulse Canada, organisme qui représente les cultivateurs de pois et autres légumineuses telles que les lentilles, les haricots et les pois chiches, confirme que cette saga a été longue et coûteuse pour les producteurs canadiens. « L'Inde est le marché le plus important pour nos exportations de pois jaunes, affirme M. Kurbis. Nous avons cependant besoin de stabilité et de prévisibilité pour assurer le succès de nos échanges de produits agricoles. La question n'est pas parfaitement résolue, mais il n'y a aucun doute que le développement de cette nouvelle méthode de détection des nématodes est un bon exemple du soutien que la science peut apporter aux affaires et à la rentabilité des producteurs et des exportateurs. »

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Alliance canadienne du commerce agro-alimentaire, Pulses

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Note de bas de page 2

Pulse Canada, entrevue avec Gord Kurbis, le 11 mars 2014.

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Note de bas de page 3

Gordon Bacon, PDG de Pulse Canada, témoignant devant le Comité permanent du commerce international, le 27 février 2013

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