Des chercheurs canadiens sont à la tête du développement de moyens plus efficaces, plus rapides et plus économiques pour vérifier l’innocuité des produits chimiques

Élaborer et appliquer des règlements qui mettront les citoyens et leur santé à l’abri du danger figurent parmi les responsabilités les plus élémentaires d’un gouvernement. Peut-être n’y songe-t-on pas souvent, mais la réglementation concourt à ce que tout soit aussi sûr que possible, des médicaments que l’on avale à l’air qu’on respire, en passant par les aliments que l’on mange.

Or toutes ces choses, et bien d’autres, renferment des produits chimiques. Il revient aux toxicologues responsables de la réglementation d’étudier ces produits et de recommander au gouvernement d’introduire ou non un règlement pour restreindre l’exposition à des composés chimiques particuliers. Les effets secondaires de nombreuses substances ne se manifestent souvent que longtemps après l'exposition. Les substances cancérigènes en sont un exemple.

Une science inexacte

Les méthodes usuelles servant à établir la toxicité des produits chimiques existent depuis plusieurs décennies. Fondamentalement, elles supposent l’exposition d’animaux de laboratoire aux produits, puis l’étude de ces derniers pour voir de quelle manière ils sont affectés. Par prudence, on expose habituellement ces animaux à des doses nettement plus élevées que celles auxquelles une personne serait exposée dans la vie courante. Le processus s’avère aussi laborieux que coûteux, et cette science pèche quelque peu par son inexactitude.

À Santé Canada, une équipe de chercheurs dirigée par Carole Yauk tente de voir comment la génomique pourrait aider à établir de manière plus rapide, plus précise et plus économique la toxicité des composés chimiques auxquels le commun des mortels pourrait être exposé dans la vie de tous les jours.

« Les essais actuels sur la toxicité nous disent ce que fait un produit chimique, explique Mme Yauk, mais ils ne nous renseignent pas vraiment sur la mécanique de cette toxicité. Il est impossible de savoir comment surviennent les dommages. »

Une compréhension et une précision nouvelles

La génomique change la donne grâce à un domaine relativement neuf, la toxicogénomique. Comme l’explique Mme Yauk, « l’univers se rapetisse. De nos jours, il est possible d’examiner les fonctions d’une cellule qui nous avaient toujours échappé jusqu’ici, et on peut voir comment la cellule réagit aux différents stress qu’engendre l’exposition à des substances chimiques. »

En travaillant avec des composés dont la toxicité est connue, les chercheurs de Santé Canada mettent au point des protocoles d’essai fondés sur la génomique qui permettront, entre autres avantages, de juger de façon bien plus précise le degré d’exposition auquel un produit particulier devient dangereux.

À l’heure actuelle, par exemple, un des premiers tests effectués sur un médicament ou un composé chimique consiste à établir comment il affecte des cellules humaines dans une éprouvette. Si le médicament rompt l’ADN cellulaire— forte probabilité qu’il soit cancérigène —, l’alarme sonne et on passe aux tests suivants. Le principal inconvénient d’une telle méthode est que la réaction positive obtenue avec une culture tissulaire dans une éprouvette ne se reproduira pas nécessairement chez un animal, en partie parce que la dose employée lors du test est beaucoup plus forte que celle correspondant à des conditions réelles.

« Le protocole d’essai que nous mettons au point nous indiquera beaucoup plus précisément l’effet du composé à diverses doses, reprend Mme Yauk. Il nous permettra aussi d’étudier les mécanismes biologiques à l’origine des dommages causés par la substance, de sorte que nous pourrons établir le lien entre ces découvertes et ce qui arriverait aux tissus humains, aux doses probables rencontrées dans la réalité. »

Protéger les Canadiens

À plus longue échéance, Mme Yauk estime que, grâce à ces nouveaux tests, les scientifiques fourniront aux responsables de la réglementation des informations plus nombreuses et plus précises sur la toxicité des produits chimiques, et cela plus rapidement et à moindre coût, ce qui aboutira à de meilleurs règlements et à une protection accrue pour la santé et la sécurité des Canadiens.

Bien qu’ils n’en soient encore qu’à leurs débuts, les travaux entrepris par Mme Yauk et son équipe forgent déjà la réputation du Canada au sein de la collectivité internationale de la génomique. En effet, la chercheuse a été conviée à faire partie d’un groupe de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) chargé de définir des stratégies internationales en vue d’intégrer la toxicogénomique aux politiques de réglementation. Mme Yauk et son équipe collaborent aussi avec des experts du monde entier par l’entremise de l’Institut international des sciences de la vie situé à Washington.

Rehausser le profil du Canada

En ce qui a trait à l’incidence que l’Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada a eue sur ses recherches, voici ce qu’en dit Mme Yauk : « Jamais nous n’aurions réalisé de tels progrès ni atteint pareille crédibilité dans le monde sans les fonds qui nous ont été octroyés par l’IRDG. Nous avons pu acquérir l’équipement de laboratoire et les autres infrastructures qui nous ont permis d’effectuer le travail et de mobiliser les fonds d’autres sources pour élargir notre recherche. L’IRDG s’est avérée absolument indispensable. »

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