Reconnaissance internationale pour les concepteurs canadiens d’un nouveau test de dépistage du VIH

Tests de résistance aux médicaments du VIH

Développée au Canada avec l’aide de l’IRDG, la plateforme fondée sur le séquençage de nouvelle génération permettant de procéder à des tests de résistance aux médicaments du VIH est déjà utilisée en Afrique subsaharienne et dans d’autres régions du monde. Sur la photo, des participants à un atelier organisé à l’Institut de recherche sur les virus de l’Ouganda à Entebbe, coparrainé par le Laboratoire sur le VIH et la rétrovirologie de l’ASPC, reçoivent une formation pratique sur la manière de procéder au nouveau test.
(Photo credit: J. Nazziwa, UVRI)

Au Canada, en supposant que la maladie est diagnostiquée tôt et que le malade a accès aux traitements appropriés, l'espérance de vie d'une personne infectée au VIH est maintenant pratiquement la même que celle d'une personne non infectée.

Loin de nous l'intention d'affirmer que le VIH, le virus de l'immunodéficience humaine qui donne le sida, doit être pris à la légère.

À ce jour, il n'existe encore aucun traitement permettant de guérir le sida et le nombre de personnes infectées par le VIH ne cesse d'augmenter. Selon l'Agence de santé publique du Canada (ASPC), toutes les trois heures une personne est infectée au VIH au Canada Footnote 1. À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que quelque 2 millions de personnes ailleurs dans le monde ont été infectées au VIH en 2014 seulement et que plus de 1,2 million de personnes sont mortes de maladies associées au sida Footnote 2.

Des progrès, mais aussi des difficultés appréciables

Le rythme de propagation du VIH a cependant considérablement ralenti. Le nombre de nouvelles infections au VIH en 2014 était inférieur de 35 % à celui de 2000 Footnote 3. L'OMS semble déterminée à mettre fin à l'épidémie et à éradiquer le VIH/sida d'ici 2030.

Pour y arriver, il faudra surmonter un certain nombre d'obstacles dont le moindre n'est pas, comme l'explique Paul Sandstrom, le suivi de la résistance du VIH aux médicaments.

« Ce problème est depuis le début la principale difficulté à laquelle nous nous heurtons avec le VIH », poursuit M. Sandstrom, directeur du Laboratoire national du VIH et de rétrovirologie de l'ASPC à Winnipeg. « Le VIH peut aujourd'hui être traité grâce à un cocktail de médicaments, mais il arrive que le virus mute et devienne résistant à ces médicaments. La compréhension du processus d'émergence et de transmission des formes du virus résistantes aux médicaments sera fondamentale pour atteindre les cibles fixées par ONUSIDA pour l'an 2020. »

Le Canada, un maillon du réseau mondial

Les laboratoires dirigés par M. Sandstrom à Winnipeg et Ottawa font partie du ResNet VIH de l'OMS. Ce réseau mondial travaille actuellement à l'élaboration de nouvelles stratégies pour surveiller la résistance aux médicaments du virus de manière à pouvoir réagir avant que les nouvelles mutations ne s'établissent au sein d'une population et déclenchent une nouvelle épidémie de VIH qui ne serait pas traitable.

La difficulté est particulièrement grande dans les pays d'Afrique subsaharienne où le manque de ressources, la médiocrité de l'infrastructure d'hygiène publique et d'autres obstacles nuisent à une offre uniforme et constante de traitements appropriés contre le VIH, ce qui augmente d'autant la probabilité qu'il développe une résistance aux médicaments. À cause de ces problèmes, il est aussi plus difficile de procéder aux essais continus nécessaires à la détection à une étape précoce de tout début de résistance aux médicaments du VIH.

Les chercheurs canadiens, financés par l'Initiative de R-D en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada, ont franchi une étape importante dans la résolution de ce problème, en créant en l'occurrence une plateforme d'essai fondée sur l'ADN capable de déceler la résistance aux médicaments contre le VIH plus rapidement, avec plus de sensibilité et à moindre coût que toutes les méthodes existantes. Le nouveau test est déjà utilisé en Afrique et dans d'autres régions du monde.

Mode de fonctionnement

« Actuellement, pour tester la résistance aux médicaments du VIH, il faut prélever des échantillons de sang auprès des patients, geler le plasma et acheminer les prélèvements à un laboratoire spécialisé qui effectue les tests », indique le M. Sandstrom. « Dans le contexte canadien, ce travail est relativement simple. En Afrique subsaharienne, où le réseau de transport ne ressemble en rien à celui que nous avons ici, il peut être extrêmement difficile de geler le plasma et de le garder gelé jusqu'à ce qu'il arrive dans un laboratoire possédant les ressources nécessaires pour effectuer les tests. »

L'équipe du M. Sandstrom a donc fait office de précurseur en créant un test qui s'effectue sur non pas sur du plasma, mais sur une simple trace de sang séché. Grâce au développement de méthodes de séquençage de l'ADN de nouvelle génération, l'équipe est passée à l'étape suivante.

« Avec le séquençage de nouvelle génération, il est possible de tester des douzaines d'échantillons simultanément; le processus est donc plus rapide et moins coûteux », indique M. Sandstrom. « Cette méthode est aussi beaucoup plus sensible, ce qui permet de diagnostiquer la résistance aux médicaments beaucoup plus tôt. Avec l'ancienne méthode, il fallait que 25 % à 30 % des virions du VIH présentent des mutations résistantes aux médicaments pour que ces mutations soient détectables. Avec le séquençage de nouvelle génération, il suffit que 1 % ou 2 % du virus ait muté pour qu'on puisse détecter la mutation. »

Développée en tandem avec le test, la capacité bio-informatique a permis à l'équipe canadienne d'offrir à l'OMS un moyen plus efficace de surveiller la résistance aux médicaments dans les différentes populations et d'agir avant que cette résistance atteigne un niveau critique.

Fierté pour le Canada

M. Sandstrom affirme que la plateforme de tests à séquençage de nouvelle génération pour détecter la résistance aux médicaments du VIH a valu au Canada une reconnaissance internationale et des éloges spéciaux ont été adressés aux responsables du projet, Hezhao Ji et Tracy Taylor, du Laboratoire national du VIH et de rétrovirologie de Winnipeg.

« Voilà un exemple exceptionnel du genre d'influence positive que le Canada peut exercer dans le monde », affirme M. Sandstrom. « Ce test fera une véritable différence dans la vie des gens et jouera un rôle important dans les efforts déployés à l'échelle mondiale pour éradiquer le VIH. »

Développée au Canada avec l'aide de l'IRDG, la plateforme fondée sur le séquençage de nouvelle génération permettant de procéder à des tests de résistance aux médicaments du VIH est déjà utilisée en Afrique subsaharienne et dans d'autres régions du monde. Sur la photo, des participants à un atelier organisé à l'Institut de recherche sur les virus de l'Ouganda à Entebbe, coparrainé par le Laboratoire sur le VIH et la rétrovirologie de l'ASPC, reçoivent une formation pratique sur la manière de procéder au nouveau test. (Photo : J. Nazziwa, UVRI)

Note en bas de page

Footnote 1

Extrapolation à partir de données d’une publication de l’ASPC, Résumé : Estimations de l’incidence, de la prévalence et de la proportion non diagnostiquée au VIH au Canada, 2014 (le nombre estimé de nouvelles infections en 2014 est aussi élevé que 3 200).

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Footnote 2

ONUSIDA. Fact Sheet 2015

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Footnote 3

Ibid.

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